Comment retracer la vie d’un de ses ancêtres? Comment remonter sa ligne de vie et écrire sa biographie ? L’histoire de nos ascendants est marquée par les exils, les guerres, les faillites, les procès et les drames, mais aussi les naissances, les mariages, les succès en tous genres. Un travail de recherches dans les archives publiques, ou dans les archives privées d’une famille, permet de suivre les traces d’un aïeul pour reconstituer le fil de son histoire personnelle et écrire sa biographie.

Je suis tombée dans la généalogie un peu par hasard. Par curiosité.
Un dimanche matin, je me suis réveillée aux aurores avec une seule idée en tête : comprendre qui était ce grand-oncle mort à la guerre, dont on ne parlait jamais mais dont la présence invisible continuait d’infuser le présent. Je sentais que derrière ce nom qu’on ne mentionnait jamais, se cachait un secret de famille.
J’ai donc commencé à fouiller Internet. Ce que j’ai découvert m’a captivée. J’étais happée par l’histoire qui prenait vie sur mon écran.
Sur les traces d’un ancêtre déporté
« Georges Marcel est né le 15 décembre 1918 à Guéret. Il est arrêté en 1944 et déporté en Allemagne, où il serait mort ». Voici les premières informations que je trouve sur Internet. Il avait 25 ans! Son jeune âge me touche. Tout à coup, la vision que j’avais de lui change. Puisqu’on parlait de l’oncle de mon père, je l’imaginais âgé et sombre. Je le vois soudainement jeune et vivant, plein de fougue. Sa présence dans l’ombre, que je redoutais jusqu’à présent, devient pétillante, pleine de joie et lumineuse. J’ai l’impression de le sentir tout près de moi, profondément heureux que quelqu’un, enfin, s’intéresse à lui. Je le sens impatient que je poursuive.
Je découvre qu’il a été arrêté le 17 mars 1944 vers dix heures du matin à Tulle, 7 rue des Martyrs. Rue des Martyrs. La vie a parfois un sens inné du storytelling. Je regarde sur Google Maps et découvre une petite rue, avec des immeubles bas. La rue donne sur un grand rond-point, qui donne lui-même sur un pont, traversant la Corrèze.
Que faisait-il à Tulle? Apparemment, il y vivait et exerçait le métier de peintre-décorateur. Je trouve l’information dans l’annonce de son mariage, parue dans le journal local, Le Populaire du Centre, en date du 12 août 1943.
Il venait donc de se marier, à peine six mois avant de se faire arrêter.
Biographie d’un résistant
Je retrouve son dossier au Service historique de la Défense à Caen. À côté de l’inscription « Statut », il est écrit « Déporté résistant ». Les informations sont très succinctes.
Il m’a fallu plusieurs semaines pour comprendre les raisons de son arrestation. Reconstituer la biographie d’un ancêtre prend du temps. C’est une enquête. Il y a des jours où on ne trouve rien. Et puis, un beau jour, au hasard d’une recherche qui n’a parfois aucun rapport, l’information tant recherchée apparaît. Comme par miracle.
Dans un recoin d’Internet, je trouve la mention de l’ouvrage collectif Maquis de Corrèze par 120 témoins et combattants, dans lequel mon aïeux est mentionné. J’apprends que son nom de résistant était GASPARD. Lieutenant des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) puis commissaire aux opérations de la 4ème compagnie des FTPF de la Corrèze, GASPARD aurait fait sauter le transformateur électrique alimentant la Manufacture d’Armes de Tulle le 23 février 1944.
Je me dis que c’est quand même fou. Jamais personne dans ma famille n’a évoqué le parcours épique de cet ancêtre, dont mon père porte pourtant le prénom et le nom. À chaque fois que j’ai tenté d’évoquer le sujet avec mon grand-père, il m’a intimé au silence. Quand j’étais petite, à chaque fois qu’on passait à Guéret, mon père nous emmenait, mes soeurs et moi, devant le Monument aux morts, où figurait son nom. Je me souviens du malaise qui m’envahissait en lisant son nom gravé sur le marbre sombre, et du silence impénétrable de mon père.

Carte des Kommandos les plus importants, (c) Association française Buchenwald Dora et Kommandos
Retracer le parcours d’un déporté…
Dans la base de données dédiée aux Déportés, je retrouve la confirmation de sa mort en déportation. Je découvre également son numéro de matricule : 52288 à Buchenwald. Le camp de concentration de Buchenwald. Ce mot jette un voile de tristesse. Mes cours d’histoire me reviennent en tête. 56 000 victimes rien que dans ce camp. Je l’imagine, à 25 ans, jeune marié, arriver à Buchenwald.
En continuant de fouiller les archives, je retrace son parcours. Transféré le 18 mars 1944 à la prison de Limoges, il est interrogé par la Gestapo. Puis il est transféré le 28 avril 1944 au camp de Rayallieu à Compiègne. Il fait ensuite partie du convoi qui quitte Compiègne le 12 mai 1944 à destination de Buchenwald. Un convoi de 2073 personnes, déportées en wagons à bestiaux. Il est interné au « petit camp », c’est-à-dire la zone de quarantaine, le 14 mai 1944 sous le matricule 52288 pour « activité anti-allemande ».
Le 8 juin 1944, il est transféré au camp de Nordhausen-Dora. Dora. Ce nom me donne des frissons. J’ai besoin de comprendre. De quel type de camp s’agissait-il? Quelle était la vie des déportés dans ce camp? De nombreux livres ont été publiés sur les camps de concentration, et plus particulièrement Dora.
Dans Histoire du camp de dora, écrit par André Sellier (éditions La Découverte, 1998), je lis :
Dora est l’usine-camp souterraine où la machine de guerre la plus secrète nazie exploite et tourne à plein.
Par ordre d’Himmler: personne ne doit sortir vivant de Dora.
André Sellier, Histoire du camp de dora, éditions La Découverte, 1998

Entrée du tunnel qui mène vers l’usine souterraine du camp de Dora, (c) Encyclopédie multimédia de la Shoah
Dora était en effet un camp-usine. Situé sur une colline renfermant des gisements d’anhydrite, Dora était constitué de nombreux tunnels, dans lesquels des chaînes de montage souterraines avaient été installées pour fabriquer des missiles. Au début, les prisonniers travaillaient et vivaient dans ces tunnels, ne voyant que très rarement la lumière du jour. Ils se creusaient des petites cavités dans les parois pour dormir et survivre.
Le contexte se précise dans mon esprit en découvrant le livre Dora de Jean Michel et Louis Nucéra, publié aux éditions J.C Lattès en 1975.
Les cent premiers déportés débarquèrent à Dora le 23 août 1943, lendemain de la réunion entre Hitler, Himmler et Speer. A partir de cette date, sans arrêt, les convois venus de Buchenwald déversèrent leur cargaison humaine, avant que d’autres camps — en fonction des replis des troupes allemandes — n’y ajoutent les leurs.
(…)
Ce n’est qu’en mars 1944 que les baraquements furent terminés. A Dora, le travail était toujours au-delà du concevable, mais les réprouvés pouvaient au moins déserter le tunnel durant les six heures de repos qui leur étaient accordées. Par contre, à l’autre bout du tunnel, à Ellrich, où les travaux étaient moins avancés parce que commencés plus tard, les déportés se trouvaient dans les mêmes conditions que leurs camarades des premiers mois à Dora.
Jean Michel et Louis Nucéra, Dora, J.C Lattès, 1975
Je me dis qu’il a donc dû être un peu épargné de la vie dans les tunnels. Mais en poursuivant mes recherches dans les archives, je découvre que le 1er novembre 1944, GASPARD est affecté au Kommando d’Ellrich. Ce fameux Kommando situé à 80 km au Nord de Buchenwald, dont parlent Jean Michel et Louis Nucéra dans leur livre Dora. Il n’aura donc pas été épargné, sûrement du fait de son jeune âge. Je l’imagine, essayant de survivre, dans ces conditions atroces.
…dans l’enfer des camps
Avant ce travail de recherche généalogique, sur les traces de vie (et mort) de mon ancêtre, je n’avais jamais pris conscience à quel point les nazis déplaçaient régulièrement les prisonniers. Naïvement, je pensais qu’ils arrivaient dans un camp et y restaient. J’avais tort.
Je découvre en effet qu’il fait partie d’un convoi de 1602 déportés, conduits le 3 mars 1945 d’Ellrich à Nordhausen, dans le Kommando de la Boelke Kaserne.
Selon le témoignage de Jacques Grandcoin, publié dans Le Serment N° 282 en avril-mai 2002 et repris en ligne par l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos, le convoi serait reparti trois jours plus tard, le 6 mars 1945, vers le camp de Bergen-Belsen. À son bord, il n’y avait plus que 1184 hommes. Nul ne sait, encore aujourd’hui, ce qu’il est advenu des 418 hommes manquant à l’appel.
Deux jours plus tard, le 8 mars 1945, il repart de nouveau. Il fait alors partie du convoi de 800 Français et Belges qui quittent Bergen-Belsen, probablement en direction de l’Est, mais dont on a perdu la trace.
C’est durant ce convoi qu’il est abattu par un SS et jeté du train.

Raconter pour honorer la mémoire de ses ancêtres
Le corps de GASPARD est retrouvé à Eschwege, à 220 km au Sud de Bergen-Belsen, en zone d’occupation américaine. Il est inhumé pendant près de quatre ans dans le petit cimetière.
Le 22 août 1949, son corps est exhumé et transféré au dépôt mortuaire de Kassel, en Allemagne. Arrivé à Strasbourg le 29 septembre 1949, il est remis à sa famille – donc ma famille – le 8 novembre 1949.
Je reste silencieuse un instant. Je pense à ce jeune homme, Georges Marcel, alias GASPARD, mon aïeux inconnu. Ce jeune homme courageux, qui s’est engagé dans la Résistance, mettant sa vie en péril pour que notre pays reste libre. Cet homme dont le nom est gravé en lettres d’or sur un monument aux morts, quelque part dans une ville de France, mais qu’on ne prononce pas.
Je pourrais continuer à creuser cette histoire, à fouiller encore plus les archives. Je le ferai peut-être un jour. Mais déjà, j’ai la sensation intime qu’à travers mes recherches, qu’en retraçant sa ligne de vie, son histoire tragique, j’ai apaisé son âme. J’ai honoré sa mémoire. Et même si je n’aurai probablement jamais toutes les réponses, j’en ai appris beaucoup sur les souffrances de ma famille. Sur les traumatismes qui continuent encore aujourd’hui de ressurgir et de marquer le présent.
Vous souhaitez retracer la vie d’un de vos ancêtres ?
En tant qu’écrivain biographe, je vous aide à trouver les documents d’archives, à percer vos secrets de famille ou, tout simplement, à découvrir l’histoire de vos aïeux.
Comment je peux vous aider ?

Fouiller les archives
- Je cherche, pour vous, dans les Archives publiques les informations disponibles sur vos ancêtres.
- Je me déplace aux Archives pour prendre en photo les archives qui ne sont pas encore numérisées.
- Je vous fait un résumé de mes recherches aux Archives.

Rechercher le contexte
- J’effectue des recherches historiques pour donner du contexte aux informations trouvées aux Archives.
- J’interviewe des experts et des historiens pour mieux éclairer des pans de l’histoire.
- Je vous crée un dossier structuré avec toutes les informations recueillies.

Écrire la biographie
- J’écris la biographie de votre ancêtre à partir des recherches effectuées aux Archives.
- Je peux réaliser le livre de votre ancêtre, incluant la mise en page du texte et des photos trouvées.
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